Version 1.3

Les atouts de la formation par la recherche

« Quels aspects de votre formation doctorale avez-vous "vendu" en priorité auprès des recruteurs ? », « Occupez-vous un emploi en lien avec votre sujet de thèse ? » et même « Avez-vous masqué votre doctorat ? ». Ces questions faisaient partie d’un court questionnaire auquel plus d’une centaine de docteurs ont répondu.

27 mai 2010
« En fonction de l’emploi visé, il est nécessaire d’adapter son discours et de pondérer les compétences », conseille un docteur sondé. Sur des postes d’ingénieur de recherche en R&D, de chargé d’études dans une collectivité territoriale ou encore de consultant dans un cabinet, quelle que soit votre discipline, votre expertise scientifique est généralement essentielle. Il faut aussi mettre l’accent sur vos compétences transversales et sur des expériences parallèles à la thèse. Par exemple : des projets menés au sein d’une association de doctorants. En tout cas, hors de la R&D, vos compétences académiques devraient moins compter. Pourtant, présenter ses compétences scientifiques, c’est l’exercice le plus facile pour un docteur rompu aux séminaires et autres conférences. Mais, pendant le processus de recrutement, vous allez aussi passer sous les fourches caudines des Ressources Humaines ou de cabinets de recrutement qui risquent de s’endormir rapidement si vous n’êtes pas capable de présenter les atouts de votre formation et vos propres qualités en utilisant le vocabulaire de l’entreprise. Voici comment faire mieux.

1/ De l’expérience professionnelle
Au cours de votre doctorat, vous êtes devenu un expert de votre sujet de thèse, en plus de votre spécialisation. Alors, vous en savez plus qu’un diplômé de Master ou qu’un jeune diplômé d’une grande école. Grand paradoxe français, certains ingénieurs docteurs nous ont relaté s’être retrouvés dans la situation ubuesque de devoir défendre leur doctorat devant des recruteurs ne jurant que par le diplôme d’ingénieur, alors qu’une docteur expatriée en Grande-Bretagne explique que « pour les recruteurs d’ici, un PhD est nécessairement doué du sens de l’analyse, de la capacité d’apprendre, en plus de la maîtrise de méthodes rigoureuses ». Comment ces ingénieurs-docteurs ont-ils réussi à faire sauter ce verrou typiquement français? Outre des connaissances plus approfondies, ils ont dit avoir gagné en maturité et en autonomie dans le travail par rapport aux diplômés tout frais sortis de l’école ; ils ont vanté les mérites de la diversification des profils pour éviter les effets pervers liés à l’endogamie des équipes ; certains ont même fait valoir leurs capacités à produire des résultats viables et originaux avec peu de moyens. Malgré tout, un ingénieur-docteur regrette « que mon salaire actuel soit déterminé par le classement de mon école d’ingénieur et non par rapport à mon niveau d’études ».

Mais attention, mieux vaut ne pas brandir son diplôme de doctorat tel un étendard. Vous risquez d’agacer les recruteurs, voire de les complexer s’ils n’ont pas votre niveau d’étude. Présentez votre doctorat « avant tout comme une expérience professionnelle », conseille un docteur.

2/ Produire des connaissances nouvelles

Vous avez été un rouage du processus de création de connaissance pendant au minimum trois ans. La recherche bibliographique, le choix de la méthodologie, l’élaboration de la problématique comprenant le cadre conceptuel et les hypothèses de travail, le recueil des données, le processus expérimental d’essai et d’erreur … vous y avez tous goûté. Hum ! Si vous employez ce vocabulaire face à un Directeur des Ressources Humaines (DRH) ou le PDG d’une PME, il risque de décrocher au bout de 30 secondes ! A vous de parler d’état de l’art, voire de benchmarking avant de démarrer le projet de thèse pour savoir où en étaient les autres chercheurs ; de veille scientifique et technologique permanente pour continuer à se démarquer, ce qui vous a appris à traiter une information abondante (y compris en anglais) et à la hiérarchiser ; « de nos capacités à démarrer un projet à partir de zéro, les anglo-saxons appellent cela le « researcher instinct », explique un docteur et de l’aborder par tous les angles (vision à 360°) ; « de nos capacités à savoir échouer et à rebondir », relate une docteur ; le tout avec de la rigueur, de l’honnêteté et une bonne dose d’humilité.

3/ Communiquer, transmettre et coopérer

Vous avez donné des conférences face à vos pairs (en France et à l’étranger) ? Vous avez répondu à leurs questions ? Vous savez donc argumenter pour défendre vos idées et convaincre des auditoires qui n’étaient certainement pas gagnés à votre cause. Alors, pourquoi ne pourriez-vous pas convaincre des fournisseurs et mieux, des clients en apportant la preuve supplémentaire que vous savez communiquer simplement. Or, vous avez donné des cours qui n’étaient probablement pas en lien avec votre sujet de thèse, voire même avec votre spécialisation. Vous pourriez peut-être même faire valoir une petite expérience d’encadrement d’étudiants ou des techniciens dans votre laboratoire. N’oubliez pas les projets de collaboration qui vous ont appris à travailler en équipe pluridisciplinaire, qui plus est (une constante en entreprise), et à être intégré à des réseaux professionnels.

4/ Une formation qui forge le caractère
Trois ans, voire plus, cela commence à compter comme expérience professionnelle. Autant dire que votre milieu a eu le temps de déteindre pour le meilleur… et pour le pire ! Gardons le meilleur : on ne devient pas docteur sans un minimum de ténacité et de persévérance. Bienvenus aux coureurs de fond. Les sprinters risquent, par contre, de souffrir ! Vous devriez aussi avoir acquis une bonne dose de résistance au stress entre les manips qui ratent, les entretiens avec votre directeur, les communications orales (en anglais parfois), sans compter l’exercice très particulier de la soutenance de thèse. Vous pouvez ajouter que la production scientifique est une activité éminemment incertaine qui vous a habitué à naviguer dans des environnements turbulents. Un argument qui peut faire mouche en période de crise.

Voici quelques compétences « spécial docteur (PhD) » citées par celles et ceux qui ont répondu à notre questionnaire. Bien évidemment, la liste est non exhaustive. Pour présenter toutes les autres, n’oubliez pas d’adopter le vocabulaire de l’entreprise, c’est aussi le gage de vos capacités d’intégration.

Cet article a été publié dans le magazine Docteurs&Co, n°23 de septembre 2009, consacré aux compétences à valoriser auprès des recruteurs
Mot Clés : thèse, doctorat, compétence, expérience, atout, caracteristique, argument

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